Histoire de Gérardmer : du textile à la Perle des Vosges

La ville que vous traversez aujourd’hui a moins de quatre-vingts ans. Voici pourquoi.

Un lac glaciaire, et une ville née autour

Le lac de Gérardmer est un héritage des glaciers. Il occupe une cuvette creusée puis fermée par un verrou morainique, à 660 mètres d’altitude. Ses chiffres : 1,16 km² de surface, 2,2 km de long sur 750 mètres de large, 38,4 mètres au point le plus profond. C’est le plus grand lac naturel du massif des Vosges.

Pendant des siècles, ce lac n’est qu’un point d’eau au milieu d’une vallée d’élevage et de scieries. Gérardmer vit du bois, des troupeaux et des fromages. Rien n’annonce la station touristique.

Le XIXᵉ siècle : le textile fait la ville

Le basculement vient de l’industrie. Au XIXᵉ siècle, l’essor du textile transforme la vallée : les cours d’eau font tourner les machines, les usines s’installent, la population afflue. Virginie Thiébaut et Jean-Baptiste Garnier fondent la maison de toile qui deviendra Garnier-Thiebaut — le linge de maison haut de gamme reste aujourd’hui l’une des rares industries historiques encore vivantes à Gérardmer.

C’est ce tissu industriel qui donne à la ville ses moyens, et à ses notables l’idée qui va la rendre célèbre.

1875 : Gérardmer invente l’office de tourisme

En 1875, un groupe d’habitants crée le Comité des Promenades. Son objet : tracer des itinéraires de marche et faire connaître les paysages de la vallée pour attirer les voyageurs. Adolphe Garnier compte parmi les membres fondateurs.

C’est le premier syndicat d’initiative de France — l’ancêtre direct des offices de tourisme. L’idée que l’on puisse organiser collectivement l’accueil des visiteurs d’un territoire est née ici, au bord de ce lac.

Les aménagements suivent vite : premier débarcadère en 1871, création du parc du Trexeau en 1875, base nautique en 1885. En 1898 débutent les fêtes nautiques nocturnes du 15 août, qui existent toujours.

1878 : le train de Paris change l’échelle

Le tournant décisif est ferroviaire. En 1878, la ligne directe Paris-Gérardmer est ouverte. La montagne vosgienne devient accessible en une journée depuis la capitale, et les Parisiens arrivent. En 1908, la gare enregistre 67 279 voyageurs.

Hôtels, villas et pensions se construisent autour du lac. En 1912, Gérardmer obtient le statut de station climatique. C’est l’âge d’or : celui qui vaut à la ville son surnom de Pearl of the Vosges.

Novembre 1944 : quinze jours effacent la ville

Ce que les visiteurs ignorent souvent, c’est que presque rien de cette ville-là n’a survécu.

En novembre 1944, le front est sur les crêtes. Gérardmer est une position défensive avant le repli allemand, et sa destruction est méthodique, planifiée jour après jour :

  • 8 novembre — les hommes de plus de seize ans sont réquisitionnés pour les travaux de fortification.
  • 9 novembre — la population restante est regroupée dans le centre-ville.
  • 12 au 14 novembre — les charges explosives sont placées au pied des bâtiments ; les usines sont détruites.
  • 15 novembre — les fermes des versants sont incendiées systématiquement.
  • 17 novembre — le feu et les explosions gagnent la ville.
  • 18 novembre — la destruction est achevée.

Un capitaine allemand avait prévenu la population : « la ville sera détruite… ce sera effrayant, plus terrible qu’un bombardement aérien ». Selon les archives locales, 85 % de la ville est anéantie.

La libération intervient le 19 novembre 1944 à 13 h 30, avec l’entrée du 2ᵉ régiment de Spahis de la 3ᵉ division d’infanterie algérienne, sous les ordres du général Guillaume. Les habitants retrouvent un champ de ruines.

La reconstruction : la ville que vous voyez

Gérardmer est reconstruite dans les années qui suivent. Cela explique ce qui surprend souvent le visiteur qui cherche une station de montagne « d’autrefois » : l’architecture du centre est celle de la Reconstruction, sobre et fonctionnelle, très loin des chalets anciens qu’on imagine. Les villas d’avant-guerre qui subsistent se comptent, et se cherchent.

C’est aussi ce qui rend la ville attachante quand on connaît son histoire : elle a été rebâtie deux fois — une première par l’industrie textile, une seconde après avoir été rayée de la carte.

Janvier : le festival du film fantastique

L’événement qui porte aujourd’hui le nom de Gérardmer bien au-delà des Vosges est né en 1994. D’abord appelé Fantastica, puis Fantastic’Arts, il devient en 2008 le Festival international du film fantastique de Gérardmer. Il se tient chaque année la dernière semaine de janvier et remplit la ville en plein cœur de l’hiver.

Le reste de l’année, la vie se partage entre le lac, les crêtes et la station de ski. Nos autres rendez-vous de l’année sont détaillés dans notre agenda.

Ce qu’il reste à voir de cette histoire

  • Le tour du lac — 6 km de sentier, l’itinéraire que le Comité des Promenades cherchait justement à faire connaître en 1875.
  • Les fêtes nautiques du 15 août — une tradition ininterrompue depuis 1898.
  • Le linge des Vosges — les boutiques d’usine sont ce qui reste visible de l’épopée textile.
  • Les fermes-auberges des crêtes — l’autre Gérardmer, celui d’avant le tourisme, toujours vivant.
  • Le patrimoine des environs — les villages voisins, moins touchés en 1944, ont gardé leurs bâtiments anciens, châteaux et églises.

Pour organiser votre visite, notre guide des 10 choses à faire à Gérardmer en été et notre sélection des meilleures tables de la ville complètent cette lecture.

Dormir à 10 minutes du lac, en lisière de forêt. Nos trois chalets A-Frame disposent chacun d’un bain nordique privatif et d’un sauna, à 650 m d’altitude. De quoi rentrer se réchauffer après le tour du lac.

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Sources

Chiffres du lac : notice géographique du lac de Gérardmer. Histoire du Comité des Promenades, du train et des aménagements du lac : dossier des 150 ans de l’office de tourisme de Gérardmer. Destruction et libération de novembre 1944 : Montagnes d’archives, « La Libération de Gérardmer ». Festival du film fantastique : notice du Festival international du film fantastique de Gérardmer.